Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/50

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JENNY. — Je le voyais beau.

DIANE. — Pauvre fille, je te fais de la peine ! J’avais résolu de ne plus t’en parler.

JENNY. — Oh ! je veux bien en parler.

DIANE. — Non, non, j’en ai assez. Parle-moi de ton nouvel amoureux, car je suis sûre que ce jardinier t’en a conté tout à l’heure. J’ai compris cela aux inflexions de sa voix… qui est fort agréable, par parenthèse. Quel est-il ? d’où sort-il ?

JENNY. — Je ne saurais vous dire qui il est. Il s’appelle Florence.

DIANE. — Tiens ? c’est un nom de comédie, c’est un nom d’emprunt, cela. Florence, jardinier-fleuriste… Oui, oui, c’est quelque nom de guerre, de compagnonnage, comme ils disent, je crois. Ah çà ! a-t-il l’air d’être bon jardinier ?

JENNY. — Mais je ne sais pas quel air il faut avoir pour cela !

DIANE. — Que tu es épilogueuse ! A-t-il l’air de s’occuper de son emploi, de l’aimer ?

JENNY. — Il m’a dit qu’il aimait son métier comme un art.

DIANE. — Il a dit cela ? Voilà juste le jardinier qu’il me fallait. Et il a admiré les serres ?

JENNY. — Je ne sais pas.

DIANE. — Quel âge a-t-il ?

JENNY. — Vingt-cinq ou trente ans, peut-être plus, peut-être moins !

DIANE. — C’est clair. Est-il blond ou brun ?

JENNY. — Il est brun. Non, il est plutôt blond… Ma foi, je n’ai pas bien remarqué cela.

DIANE. — Ah ! Jenny, tu ne regardes plus aucun homme. Que tu es belle d’aimer ainsi ! Comment fais-tu ?

JENNY. — Pour aimer ? C’est malgré moi.

DIANE. — Oui, et c’est malgré elle aussi que la rose sent bon. Tiens, sérieusement, je voudrais pleurer.

JENNY. — Pleurer sans sujet ? Ah ! vous êtes malade. Voyons, madame recouchez-vous, je vous en prie. Soignez-