Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/12

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qui offraient la même apparence dans l’obscurité ; et, comme ils s’enlaçaient sur des plans très inégaux, il était difficile de passer de l’un à l’autre sans friser une chute qui pouvait entraîner dans l’abîme commun ; car tous subissaient la pente bien marquée du ravin, non seulement en avant, mais encore sur le côté, de sorte qu’il fallait à la fois pencher devant soi et sur la gauche. Aucune de ces voies tortueuses n’était donc sûre ; car depuis l’été toutes étaient également battues, les habitants du pays les prenant au hasard en plein jour avec insouciance, mais, au milieu d’une nuit sombre, il n’était pas indifférent de s’y tromper, et le jeune homme, plus soigneux des genoux du cheval qu’il aimait que de sa propre vie, prit le parti de s’approcher d’une roche assez élevée pour les garantir tous deux de la violence du vent, et de s’arrêter là en attendant que le ciel s’éclaircît un peu. Il s’appuya contre Corbeau, et relevant un coin de son manteau imperméable pour garantir le flanc et la selle de son compagnon, il tomba dans une rêverie romanesque, aussi satisfait d’entendre hurler la tempête, que les habitants d’Éguzon, s’ils pensaient encore à lui en cet instant, le supposaient soucieux et désappointé.

Les éclairs, en se succédant, lui eurent bientôt procuré une connaissance suffisante du pays environnant. Vis-à-vis de lui, le chemin, gravissant la pente opposée du ravin, se relevait aussi brusquement qu’il s’était abaissé, et offrait des difficultés de même nature. La Creuse, limpide et forte, coulait sans grand fracas au bas de ce précipice, et se resserrait avec un mugissement sourd et continu, sous les arches d’un vieux pont qui paraissait en fort mauvais état. La vue était bornée en face par le retour de l’escarpement ; mais, de côté, on découvrait une verte perspective de prairies inclinées et bien plantées, au milieu desquelles serpentait la rivière ; et vis-à-vis de