Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— Pas toujours cependant ! Dans ce moment-ci, par exemple, il n’y fait pas trop bon ; le temps est bien en malice, et il y en aura pour toute la nuit.

— Vous croyez ?

— J’en suis sûr. Si vous suivez le vallon de la Creuse, vous aurez l’orage pour compagnie jusqu’à demain midi, mais je pense bien que vous ne vous êtes pas mis en route si tard sans avoir un abri prochain en vue ?

— À vous dire le vrai, je crois que l’endroit où je vais est plus éloigné que je ne l’avais pensé d’abord. Je me suis imaginé qu’on voulait me retenir à Éguzon, en m’exagérant la distance et les mauvais chemins ; mais je vois, au peu que j’ai fait depuis une heure, que l’on ne m’avait guère trompé.

— Et, sans être trop curieux, où allez-vous ?

— À Gargilesse. Combien comptez-vous jusque-là !

— Pas loin, monsieur, si l’on voyait clair pour se conduire ; mais si vous ne connaissez pas le pays, vous en avez pour toute la nuit : car ce que vous voyez ici n’est rien en comparaison des casse-cous que vous avez à descendre pour passer du ravin de la Creuse à celui de la Gargilesse, et vous y risquez la vie par-dessus le marché.

— Eh bien, l’ami, voulez-vous, pour une honnête récompense, me conduire jusque-là ?

— Nenni, monsieur, en vous remerciant.

— Le chemin est donc bien dangereux, que vous montrez si peu d’obligeance ?

— Le chemin n’est pas dangereux pour moi, qui le connais aussi bien que vous connaissez peut-être les rues de Paris ; mais quelle raison aurais-je de passer la nuit à me mouiller pour vous faire plaisir ?

— Je n’y tiens pas, et je saurai me passer de votre secours ; mais je n’ai point réclamé votre obligeance gratis : je vous ai offert…