Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/178

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tendu la main à un ingrat. Quant à servir votre père d’une manière ou de l’autre, jamais ! j’ai failli faire cette sottise, et Dieu ne l’a pas permis. Je lui pardonne la manière dont il m’a fait arrêter par Caillaud, c’est une mauvaise action ! Mais comme il ne savait peut-être pas que ce pauvre garçon est mon filleul, et comme depuis il a écrit du bien de moi au procureur du roi pour me faire pardonner, je ne dois plus penser à ma rancune. D’ailleurs, à cause de vous, maintenant je la mettrais sous mes pieds. Mais travailler à bâtir vos usines ? Non ! vous n’avez pas besoin de mes bras ; vous en trouverez assez d’autres, et vous savez mes raisons. Ce que vous faites là est mauvais et ruinera bien des gens, si cela ne ruine pas tout le monde un jour.

« Déjà vos digues et vos réservoirs font patouiller tous les petits moulins au-dessus de vous sur le courant. Déjà tous vos amas de pierre et de terre ont gâté les prés d’alentour, quand l’eau a emporté tout cela chez les voisins. Toujours, voyez-vous, même contre son gré, le riche fait tort au pauvre. Je ne veux pas qu’il soit dit que Jean Jappeloup a mis la main à la ruine de son endroit. Ne m’en parlez plus. Je veux reprendre mon petit travail, et il ne me manquera pas.

« À présent que vos grands travaux absorbent tous mes confrères, personne, dans le bourg, ne peut plus trouver d’ouvriers. J’hériterai de la clientèle des autres, sauf à la leur rendre quand la vôtre leur manquera. Car, je vous le dis, votre père graisse sa roue en payant cher aujourd’hui la sueur de l’ouvrier ; mais il ne pourra pas continuer longtemps sur ce pied-là, autrement ses dépenses l’emporteraient sur ses profits. Un jour viendra… un jour qui n’est peut-être pas loin ! où il fera travailler au rabais, et alors malheur à ceux qui auront sacrifié leur position à de belles promesses ! Ils seront forcés d’en