Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/183

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Soit hésitation, soit prudence, il fit un assez long détour avant de se diriger sur Châteaubrun ; et quand, du haut d’une colline, il se vit très éloigné des ruines qui se dessinaient à l’horizon, il sentit un si vif regret du temps perdu, qu’il mit les éperons dans le ventre de son cheval pour y arriver plus vite.

Il y arriva en effet du côté de la Creuse en moins d’une demi-heure, presque à vol d’oiseau, après avoir mis cent fois sa vie en péril à franchir les fossés et à galoper sur le bord des précipices. Un désir violent, dont il ne voulait pourtant pas se rendre compte, lui donnait des ailes.

« Je ne l’aime pas, se disait-il, je la connais à peine, je ne peux pas l’aimer ! D’ailleurs, je l’aimerais en vain ! Ce n’est pas elle qui m’attire plus que son excellent père, son château romantique, son entourage de repos, de bonheur et d’insouciance ; j’ai besoin de voir des gens heureux pour oublier que je ne le suis pas, que je ne le serai jamais ! »

Il rencontra Sylvain Charasson, occupé à tendre une vergée dans la Creuse. L’enfant courut vers lui d’un air joyeux et empressé :

« Vous ne trouverez pas M. Antoine, lui dit-il ; il est allé vendre six moutons à la foire ; mais mademoiselle Janille est à la maison, et mademoiselle Gilberte aussi.

— Crois-tu que je ne les dérangerai pas ?

— Oh ! du tout, du tout, monsieur Émile ; elles seront bien contentes de vous voir, car elles parlent bien souvent de vous à dîner avec M. Antoine. Elles disent qu’elles font grand cas de vous.

— Prends donc mon cheval, dit Émile : j’irai plus vite à pied.

— Oui, oui, reprit l’enfant. Tenez, là, derrière l’ancienne terrasse. Vous attraperez la brèche, vous sauterez