Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/222

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le saint-simonisme avoir sa phase de transports et de visions fiévreuses et désordonnées ; cela n’a pas empêché de vivre ce qui était viable dans le saint-simonisme.

« Les aberrations de Fourier ne font pas que la partie lucide de son système ne subsiste et ne souffre un examen sérieux. La vérité triomphe et fait son chemin, à travers quelque prisme qu’on la regarde et quelque déguisement qu’on lui prête. Mais il serait pourtant meilleur que, dans le temps de raison où nous sommes arrivés, les formes ridicules d’un enthousiasme aveugle disparussent entièrement.

« N’est-ce pas votre avis ? L’heure n’a-t-elle pas sonné où les gens sérieux doivent s’emparer de leur véritable domaine, et où ce qui est prouvé aux yeux de la logique soit professé par les logiciens ?

« Qu’importe qu’on dise que c’est inapplicable ? De ce que la plupart des hommes ne connaissent et ne pratiquent encore que l’erreur et le mensonge, s’ensuit-il que l’homme clairvoyant soit forcé de suivre les aveugles dans le précipice ?

« On aura beau me démontrer la nécessité d’obéir à des lois mauvaises et à des préjugés coupables si mes actions s’y soumettent par force, mon esprit n’en sera que plus convaincu de la nécessité de protester contre.

« Jésus-Christ était-il dans l’erreur, parce que, pendant dix-huit siècles encore, la vérité démontrée par lui devait germer lentement et ne point éclore dans les législations ?

« Et maintenant que les problèmes soulevés par son idéal commencent à s’éclaircir pour plusieurs d’entre nous, d’où vient que nous serions taxés de folie pour voir et pour croire ce qui sera vu et cru de tous dans cent ans peut-être ?

« Reconnaissez donc qu’il n’est pas besoin d’être un poète