Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/285

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chèvre du Diable, qui fait courir et sauter comme des fous ceux qu’elle ensorcelle avec son regard ? Est-ce l’air de ces montagnes qui te rend si folle, petite fille ? Allons, tant mieux, mais pourtant ne t’expose pas comme cela. Quelles couleurs ! quel œil brillant ! Je vois qu’il faut te mener souvent promener, et que tu ne fais pas assez d’exercice à la maison. Ces jours-ci, elle m’inquiétait, savez-vous, Émile ? Elle ne mangeait plus, elle lisait trop, et je me proposais de jeter tous vos livres par la fenêtre, si cela eût continué. Heureusement il n’y paraît point aujourd’hui, et puisqu’il en est ainsi, j’ai envie de la mener jusqu’à Saint-Germain-Beaupré. C’est beau à voir, nous y passerons la journée de demain, et si vous voulez venir avec nous, nous nous amuserons on ne peut mieux. Allons Émile, qu’en dites-vous ? qu’importe que nous allions à Argenton un jour plus tard ? n’est-ce pas Gilberte ? Et quand nous n’y passerions qu’un jour ?

— Et quand nous n’irions pas du tout ! dit Gilberte en sautant de joie ; allons à Saint-

Germain, mon père, je n’y ai jamais été ; oh ! la bonne idée !

— Nous sommes sur le chemin, reprit M. de Châteaubrun, et pourtant il nous faut aller coucher à Fresselines ; car ici il n’y a pas à y songer. Au reste, Fresselines et Confolens valent la peine d’être vus. Les chemins ne sont pas beaux : il faudra nous mettre en route avant la nuit. Monsieur Charasson, allez donner l’avoine à cette pauvre Lanterne, qui aime assez les voyages, puisque ce sont les seules occasions pour elle de se régaler ; vous reconduirez cet âne à ceux qui nous l’ont prêté, là-haut à Vitra, et puis vous irez nous attendre avec la brouette et le cheval de M. Émile, de l’autre côté de la rivière. Nous y serons dans deux heures.

— Et moi, dit Émile, je vais écrire un mot au crayon pour ma mère, afin qu’elle n’ait point à s’inquiéter de