Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/83

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très bien arranger les choses ; moi, j’expliquerai mes intentions comme il me conviendra.

— Tenez, vous, vous avez trop bon cœur, dit Caillaud stupéfait ; vous n’aurez jamais la tête de votre père !

— Eh bien, Émile, dit M. Cardonnet, que son fils trouva marchant avec agitation dans son cabinet, m’expliquerez-vous cette inconcevable aventure ?

— Mon père, je suis le seul coupable, répondit le jeune homme avec fermeté. Que tout votre mécontentement et tous les résultats de ma faute retombent sur moi. Je vous atteste sur mon honneur que Jean Jappeloup se laissait arrêter sans la moindre résistance, lorsque j’ai poussé rudement le garde pour le faire tomber, et cela je l’ai fait exprès.

— Fort bien, dit froidement M. Cardonnet qui voulait savoir toute la vérité ; et le balourd s’est laissé choir. Il a lâché sa prise, et pourtant, quoiqu’il mente à présent, il s’est fort bien aperçu que ce n’était pas une maladresse, mais un parti pris de votre part ?

— Cet homme n’a rien compris à mon action, reprit Émile ; il a été désarmé et renversé par surprise ; je crois même qu’il a été un peu meurtri en tombant.

— Et vous lui avez laissé croire que c’était une distraction de votre part, j’espère !

— Qu’importe ce que cet homme pense de mes intentions, et ce qui se passe au fond de sa pensée ! Votre magistrature s’arrête au seuil de la conscience, mon père, et vous ne pouvez juger que les faits.

— Est-ce mon fils qui me parle de la sorte ?

— Non, mon père, c’est votre administré, le délinquant que vous avez à juger et à punir. Quand vous m’interrogerez sur mon propre compte, je vous répondrai comme je le dois. Mais il s’agit ici du pauvre diable qui vit de son modeste emploi. Il vous est soumis, il vous craint,