Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/90

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rassée de reconnaître le père de cet enfant-là. Qu’elle soit charmante ou non, j’espère qu’Émile n’ira pas, ce soir, faire une pareille course. Le temps est sombre et les chemins sont mauvais.

— Oh ! non, s’écria madame Cardonnet, il n’ira pas ce soir : mon cher enfant ne voudra pas me faire un pareil chagrin. Demain, au jour, si la rivière est tout à fait rentrée dans son lit, à la bonne heure !

— Eh bien, demain, répondit Émile, très-contrarié mais soumis à sa mère ; car il est bien certain que je dois une visite de remerciement pour l’affectueuse hospitalité que j’ai reçue.

— Vous la devez certainement, dit M. Cardonnet ; mais là se borneront, j’espère, vos relations avec cette famille, qu’il ne me convient pas de fréquenter. Ne faites pas votre visite trop longue : c’est demain soir que j’ai l’intention de causer avec vous, Émile. »

Dès la pointe du jour suivant, Émile fit seller son cheval avant que ses parents fussent levés, et franchissant la rivière encore troublée et courroucée, il prit au galop la route de Châteaubrun.


VIII.

GILBERTE.


La matinée était superbe et le soleil se levait lorsque Émile se trouva en face de Châteaubrun. Cette ruine, qui lui était apparue si formidable à la lueur des éclairs, avait maintenant un aspect d’élégance et de splendeur qui triomphait du temps et de la dévastation. Les rayons du matin lui envoyaient un reflet blanc rosé, et la végétation dont elle était couverte s’épanouissait coquettement