Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/159

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moiselle d’Estorade, qui ne savait peut-être pas le tout sur son compte ; et, comme, justement, ce jour-là, Julia me dit qu’elle l’attendait le lendemain, je passai la nuit à la Folie-Pardoux, afin de tâcher de la voir en particulier.

» De grand matin, j’allai à sa rencontre, sachant qu’elle venait d’habitude au petit jour. Elle n’aimait pas qu’on sût, dans la ville, où elle allait et où elle n’allait pas. En me voyant sur la route, à l’entrée du val d’Estorade, elle fit arrêter sa voiture, descendit avec la petite Sylvie, et me donna le bonjour bien amicalement, en disant à son domestique qu’elle ferait à pied le reste de son chemin.

» Ce que je lui appris de Julia ne parut pas l’étonner. Elle n’avait pas mis grand espoir en elle. Seulement, elle se croyait obligée d’attendre encore et d’essayer, sans se lasser, de la rendre meilleure. Elle ne comptait pas du tout d’en pouvoir faire jamais une religieuse.

» — Mais au moins, disait-elle, si je pouvais lui faire comprendre qu’on peut être une artiste honnête, j’aurais rempli mon devoir.

» Je trouvai mademoiselle d’Estorade si raisonnable dans tout ce qu’elle pensait, point du tout bigote, et pratiquant, de vrai, le bien pour l’amour du bien, que j’étais content de causer avec elle, et me réjouissais de la voir aussi aimable et aussi tolérante que par le passé.

» J’aurais bien voulu la questionner sur ce qu’elle pou-