Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/185

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D’autres personnes étaient arrivées par la porte du couvent (je n’ai pas besoin de dire que la palissade n’existait plus), la conversation devint générale. Je remarquai là, une fois de plus, combien le milieu d’une petite ville influe, à la longue, sur les esprits même les mieux trempés. À force de s’isoler des intérêts généraux, ou l’on reste d’une cinquantaine d’années en arrière de la marche de l’humanité, ou on la devance d’autant, et, comme tout ce que l’on a sous les yeux a un caractère d’étroitesse inévitable, les gens qui ont du cœur et de l’imagination sont entraînés à se replier sur eux-mêmes pour ne pas s’habituer à donner une importance ridicule à ceux qui n’en ont pas.

Là où je me trouvais, la médisance était inconnue, et, au sein d’une telle localité, c’était une grande exception, à coup sûr. Mais, comme on se tenait dans les généralités sur le compte des petits événements de l’entourage, les questions et les réponses échangées étaient incolores, et il y avait des réflexions insignifiantes et des silences qui semblaient dire : « Nous ne voulons pas avoir d’opinion, pour ne pas tomber dans le blâme ou dans le dénigrement. » Le docteur et le curé se mirent à discuter l’un contre l’autre. C’était leur habitude, et l’auditoire bienveillant semblait attendre, pour s’égayer, quelque peu de dispute vive qui n’arrivait jamais. Sans les enfants, cette réserve eût dégénéré en mélancolie. Mais ils