Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/19

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Le fond de mon jardin s’ouvrait librement sur une terrasse solidement construite, d’une dizaine de mètres d’élévation. À droite et à gauche s’étendait, à peu près sur le même alignement, une zone de jardins d’agrément ou de rapport.

Au bas de ce petit rempart, de vastes prairies descendaient, en pente rapide, jusqu’à la Gouvre, joli ruisseau bordé de beaux arbres. Puis le terrain, herbu et cultivé, se relevait jusqu’à l’horizon, très-rapproché, mais découpé par des massifs de verdure et de jolis enclos rustiques. J’avais donc là les yeux en pleine campagne ; pas d’habitations ni de chemins au-dessous de moi ; un beau silence, absence complète de passants curieux ou d’enfants tapageurs.

— Le pré là-dessous est à moi, me dit mon hôte. Il est bien clos : vous n’y verrez jamais que ma vache, qui se garde toute seule. Maintenant, par ici, ajouta-t-il en me montrant la gauche du parterre, vous n’êtes séparé du voisinage que par cette longue petite barrière en treillage ; mais c’est tout ce qu’il faut. Personne ne vient jamais dans cette partie du couvent.

— C’est donc là un couvent ? lui dis-je en regardant le toit en ressaut très-bas, couvert d’ardoises rongées de mousse, d’une construction voisine dont les volets vermoulus étaient fermés, et que dépassaient quelques clochetons d’ardoise neuve, partant de plans plus éloignés.