Page:Sand - Theatre complet 2.djvu/22

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je lui disais un beau jour : « Monsieur, j’ai envie… mais bien envie d’une de ces hottes d’écus que l’on vide tous les jours dans vos caisses, » il me répondrait : « Tu as envie de cela ? Prends, mon cher Antoine, prends ! Tu l’as bien gagné, et j’ai du plaisir à te contenter. »


FULGENCE, attentif et soucieux.

Ah ! M. Vanderke vous dirait cela ?


ANTOINE.

Oui certes ! et je serais riche à cette heure, si j’avais accepté tout ce qu’il voulait me donner. Mais c’est un homme qui a tant de bien à faire, et qui le fait avec tant de plaisir, que, quand je le vois à même de rendre quelque beau service, ou de donner quelque joli cadeau à ses enfants, j’y mettrais du mien en secret, plutôt que de le voir s’en priver.


FULGENCE, quittant sa place et venant à Antoine.

Vous ne vous étiez jamais tant expliqué avec moi, monsieur Antoine, et ce que vous me dites me fait du bien ! Ainsi, vous n’avez pas l’ambition qu’ont presque tous les parents pour leurs enfants ? vous n’avez jamais souhaité passionnément que votre fille fût riche ?


ANTOINE.

Jamais ! En cela, je suis l’exemple de monsieur, qui ne souhaite pour les siens que l’honneur et une bonne renommée. Il serait malheureux dans le fond de son âme s’il les croyait avides. (Retournant à son bureau.) Tu sais son histoire ?


FULGENCE, retournant à son pupitre.

L’histoire de M. Vanderke ? Oui… Je sais, du moins, qu’il est français, noble ; qu’il s’appelle le baron de Clavières, qu’il a une sœur marquise, et qu’il a pris le nom qu’il porte pour continuer le commerce d’un négociant hollandais qui l’avait recueilli sur son navire, et plus tard adopté, lorsqu’il était jeune, pauvre, et poursuivi dans son pays pour les suites d’un duel.


ANTOINE.

C’est cela. Et c’est ce qui te prouve qu’il n’a pas les préjugés de la naissance. Il n’a pas cru déroger, lui, en donnant