Page:Sannazare - L'Arcadie, Martin, 1544.djvu/41

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DE SANNAZAR. 21

ceu de mon esperance car en les contêp lant toutes l’une apres l’autre, i’en admiray une merveilleusemêt belle & de bõne grace, qui portoit sus ses blõdz cheveux un beau cœuvrechief d’un crespe delyé, soubz lequel deux yeux estincellans resplêdissoyêt außi fort que claires estoilles par nuyt quãd le ciel est pur & serain. Le visaige de ceste bergiere estoit de forme perfaicte, un petit plus longuet que rond, entremeslé d’une blancheur nõ fade ou malseante, mais moderée, & declinante sus le brun, accõpagnée d’une gracieuse rougeur, qui rêplißoit d’extreme convoytise les affections des regardans. Ses levres estoyent plus fraiches & vermeilles que roses espanyes de la matinee : et chascunefoisqu’elle parloit, ou soubzryoit se descouvroit une portion de ses dentz tant blanches & polyes, qu’elles sembloyent Perles orientales. De la descendãt a la gorge delicate, & plus finemêt blanche qu’alebastre, i’apperceu en son sein deux tetins rons cõme deux pommettes, qui repoulsoyent sa robe en dehors : & entre deux se manifestoit une sente assez largette, merveilleusement delectable, pour autant qu’elle terminoit aux parties plus secrettes, qui fut cause de me faire penser beaucoup de choses. Ceste pastourelle de riche taille, & de venerable maintien, se promenoir du long de la prarie, & cueilloit de