Page:Sardou - La haine.djvu/150

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LE CHANOINE, s’arrêtant.

Madame ? — Que puis-je pour vous ?


CORDELIA, haletante, comme quelqu’un qui a marché vite, et regardant avec inquiétude la porte du fond.

L’église est un lieu d’asile, n’est-ce pas ?


LE CHANOINE.

Certe !…


CORDELIA, de même.

Un lieu sûr et sacré ?… où nul n’oserait commettre un acte de violence ?


LE CHANOINE.

Pourquoi cette question,… Madame ?…


CORDELIA.

C’est qu’un homme, qui se croit mortellement offensé par moi,… mon Père, m’a ce matin menacée de toute sa colère, après la bataille !… et la bataille est finie !…


LE CHANOINE.

Cet homme n’est peut-être plus en état de menacer personne !…


CORDELIA, vivement.

Dieu me garde d’espérer mon salut à ce prix !… Mais il revient du combat !… j’en suis sûre… je l’ai vu marcher vers notre maison… d’un pas si rapide et d’un air si menaçant… que je n’ai pas osé l’y attendre !…


LE CHANOINE, regardant le portail du fond, après elle.

Et il vous suit ?…


CORDELIA, même jeu.

Non ! mon Père,… non ! — Je ne crois pas, dit moins,… j’ai pris par les rues les plus sombres,… jusqu’au Dôme, où j’entendais le chant des orgues, et où il m’a semblé que Dieu m’offrait lui-même un asile !…


LE CHANOINE.

Que la protection de monseigneur l’Évêque rendrait plus