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nombre. En tenant ainsi la circulation divisée en plus de branches différentes, elle fait que la faillite de l’une de ces compagnies, événement qui doit arriver quelquefois dans le cours ordinaire des choses, devient un accident d’une moins dangereuse conséquence pour le public. Cette libre concurrence oblige aussi les banquiers à traiter avec leurs correspondants d’une manière plus libérale et plus facile, de peur que leurs rivaux ne les leur enlèvent 1. » On voit comme Adam Smith, en creusant le sujet, trouvait dans la concurrence même des préservatifs contre les abus auxquels Rossi ne voyait pas d’autres moyens d’y obvier que le monopole de l’émission. On peut récuser l’autorité d’Adam Smith en objectant qu’au temps où il publia sa Richesse des nations on n’avait pas encore vu des crises et des désastres pareils à ceux qui ont eu lieu depuis lors. Mais on se trouve toujours en présence de ce principe incontestable dont nous avons parlé ci-dessus, à savoir qu’il ne dépend pas des banques d’introduire et de maintenir dans la circulation plus de billets que le marché n’en comporte. En second lieu, la pluralité tend à restreindre les émissions, d’abord parce que les banques multiples, comme l’a fait observer Adam Smith, sont obligées par la concurrence d’user de circonspection et de proportionner leurs engagements à leurs ressources ; puis, par une seconde raison que M. Courcelle-Seneuil a expliquée en ces termes « Ces banques ne se bornent pas à émettre des billets au porteur, elles reçoivent aussi des fonds en dépôts et payent une grande partie des dépositions que les déposants font sur elles au moyen de virements. Lors donc que l’usage des billets se généralise dans un pays, il a pour effet nécessaire de rendre possible unemême somme d’échanges avec moins de monnaie ; dès lors la monnaie est moins demandée et il y a moins de place pour les émissions de billets, qui se trouvent enfermées dans une limite plus étroite2. »

Un des mauvais effets qu’on a accusé la pluralité de produire se rattache aux perturbations qui arrivent dans les échanges par une réduction considérable et. soudaine du capital circulant, c’est-à-dire aux crises commerciales et monétaires. Les banques multiples, a-t-on dit, sont sujettes à provoquer et à aggraver ces accidents, en favorisant les fièvres d’entreprise et de spéculation par un développement d’émissions de billets 1. Richesse des nations, livre II, chap. II. . Traité d’économie politique, t. Il, p. 343. . Rôle des banques dans les crises. BANQUE

au porteur parallèle à un développement d’escomptes et de prêts. En sens inverse, c’est contre le monopole que cette même accusation a été portée par des économistes. « Les banques privilégiées, ont-ils dit, n’étant point maîtrisées ni réglées par la concurrence, peuvent, par la facilité donnée ou refusée à l’escompte, aider, ralentir ou arrêter la marche des établissements commerciaux ou industriels, provoquer et alimenter la fièvre des spéculations tant qu’elles y voient leur profit, puis, à un moment donné, s’effrayer de leur propre ouvrage, s’effrayer outre mesure et amener, par la suppression des crédits, des crises qui n’auraient point eu lieu, si la concurrence avait, d’une part, limité leurs avances et, d’autre part, neutralisé leur cessation de crédit 1. »

Jamais, a-t-on dit encore, une banque unique, même avec une centaine de succursales, ne peut attirer les fonds disponibles d’une façon aussi efficace et aussi entière que le font des banques indépendantes. Ces dernières, en joignant aux dépôts qui leur arrivent les capitaux versés par les actionnaires, possèdent de plus grandes ressources que les banques uniques pour parer aux cas extraordinaires. Elles peuvent, en outre, par ce moyen faire un moins grand usage des billets au porteur. Il est donc moins à craindre qu’elles se trouvent dans l’embarras 2. Coquelin a soutenu une autre thèse qui se trouve en contradiction avec la précédente. « Une banque privilégiée, a-t-il dit, fait aux banquiers et aux escompteurs une concurrence inégale qu’il n’est pas possible à ces derniers de soutenir. En conséquence, les capitaux s’accumulent et s’engorgent. Cet engorgement fait affluer dans les caves de la Banque une masse de valeurs inactives et l’induit à opérer, en grande partie, avec des capitaux dont elle n’a que la jouissance éventuelle. Enfin, par suite de ce même engorgement qui va toujours croissant, la fureur de la spéculation s’éveille on retire à la Banque, au milieu des embarras que le seul excès des spéculations a fait naître, les fonds dont elle n’était que dépositaire, et la crise éclate. Avec des banques multiples, ce danger n’existerait, pas, attendu que chacune de ces banques serait réduite à ne faire usage que de ses propres capitaux augmentés seulement du montant de ses émissions de billets, sans avoir jamais à sa disposition une somme considérable de capitaux flottants et sujets à rappel3 ».

Suivant Horn, une banque privilégiée est . Joseph Garnier, Dictionnaire du commerce. . Voy. La liberté des banques, par Horn, passim. . Dictionnaire d’économie politique, 1re édition, v° Crises.