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PHYSIOCRATES

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PHYSIOCRATES

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tout d’abord aux amis et aux disciples de Quesnay et deGournay, ne s’étaient pas contentés d’agir sur le gouvernement ; ils avaient voulu gagner l’opinion publique. Le marquis de Mirabeau, sur les indications et avec la eolboration de Quesnay, avait écrit la Philosophie rurale , où le système nouveau était exposé presque dans son entier. Abeille, Morellet, Du Pont (voy. ces noms) avaient défendu, dans d’intéressantes brochures, la liberté du commerce des céréales. Des efforts furent faits ensuite pour que l’importation et l’exportation des grains à la frontière fussent permises. Un édit préparé dans ce but par Trudaine, avec le concours de Turgot et de Du Pont, était prêt à paraître quand mourut M me de Pompadour.

Les économistes perdaient dans la favorite leur principal appui à la cour ; Bertin quittait le contrôle général pour occuper un poste effacé, dans les attributions duquel se trouvait le commerce intérieur, mais non le commerce extérieur. Choiseul devenait toutpuissant et Choiseul était l’ennemi de Quesnay. Une réaction était donc à craindre. Cependant le nouveau contrôleur général Laverdy continua en partie la politique économique de Bertin et fit promulguer redit préparé, en laissant sans changements le préambule, qui était conçu dans les idées de Quesnay et en ne modifiant que le dispositif où furent introduites quelques restrictions protectionnistes. Malgré ces restrictions, l’édit assura la liberté extérieure du commerce des grains dans des conditions raisonnables, et si l’on songe aux préjugés qui régnaient alors, on doit considérer sa promulgation comme une des plus belles victoires qui aient été remportées sur la routine. C’est à cette époque que les économistes groupés autour de Quesnay formèrent une école ou une secte, comme on ne tarda pas à le dire. Pour activer leur propagande, ils eurent recours à des journaux. Ils se servirent d’abord de la Gazette du commerce à laquelle Le Trosne (voy. ce nom), Du Pont et quelques autres donnèrent des articles. Les propriétaires de cette feuille fondèrent ensuite, comme annexe, sous le titre de Journal de l’agriculture, du commerce et des finances, une autre feuille qui devait contenir des mémoires théoriques, taudis que la feuille principale ne contiendrait que des faits. En mars Î765, la rédaction du Journal de l’agriculture fut confiée à Du Pont qui en fit l’organe à peu près exclusif de la nouvelle école. Quesnay, Le Trosne, Saint-Peravy, Mirabeau, La Rivière, aidèrent le jeune rédacteur. De temps en temps, pour donner satisfaction aux fondateurs du journal qui avaient voulu créer une revue éclectique où une sorte d’enquête aurait été ouverte sur la question des céréales ; il fallait mêler l’ivraie au bon grain et insérer des mémoires favorables à la réglementation et au système de la balance du commerce. Les partisans de ce système, dirigés par Forbonnais, trouvèrent néanmoins que la part qui leur était faite était trop faible et combattirent les théories du Journal dans la Gazette, bien que celle-ci ne dût contenir que des exposés de faits. Ils obtinrent ensuite que la publication de mémoires qui leur déplaisaient fût interdite par ordre supérieur. Quesnay se mit alors à attaquer ses propres doctrines dans le Journal, sauf à se réfuter dans des articles absolument opposés. Mais son stratagème ne réussit pas longtemps ; Du Pont fut chassé du Journal qui passa à l’école réglementaire. Pendant seize mois, il avait servi d’organe aux économistes et, pendant cette période, un grand nombre de questions sociales avaient été examinées et discutées par Quesnay, Du Pont et leurs amis. Le Journal de V agriculture, du commerce et des finances est un monument important de l’histoire de l’économie politique. La Physiocratie n’est, sauf le Discours préliminaire dû à la plume de l’éditeur, Du Pont, que la collection en deux volumes des principaux articles que Quesnay y avait insérés.

Malgré l’échec qu’ils venaient de subir en se voyant enlever leur Journal, les économistes purent continuer leur œuvre de propagande, grâce à l’abbé Baudeau (voy. ce nom), qui s’était récemment converti à leur doctrine et qui mit à leur disposition les Êphémérides du citoyen, fondées récemment. C’est dans cette revue, qui porta le sous-titre significatif de Bibliothèque des sciences morales et politiques que les nouvelles doctrines achevèrent de se développer. C’est là que Quesnay publia le Despotisme de la Chine, où fut exposée la partie politique du système et qui servit de prélude à l’Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, de Le Mercier de La Rivière (voy. ce nom).

Baudeau ayant été pourvu d’un canonicat en Pologne, les Êphémérides passèrent aux mains de Du Pont, qui Les dirigea pendant plusieurs années et qui poursuivit activement la campagne commencée, en donnant toutefois à la « science nouvelle » une direction un peu différente de celle que lui avait imprimée Quesnay. Quand il avait publié la Physiocratie, le jeune économiste avait écarté un article du maître sur l’intérêt de l’argent, où celui-ci s’était prononcé dans le sens de la réglementation ; dans les Êphémérides, il abandonna peu à peu les opinions