pouvaient admettre celle de l’immortalité, et aujourd’hui encore elle n’est admise ni par le brahmanisme ni par le bouddhisme.
Il n’y a plus même, dans ces deux religions, l’idée d’une immortalité physique telle que l’admettaient les peuples védiques.
Pour le bouddhisme, le terme de tout c’est la matière, le dharma, c’est le néant, le nirvâna ; pour le brahmanisme, c’est la destruction, le pralaya, le mahâpralaya. Et je ne sais vraiment si l’on parviendra jamais à démontrer que la tradition primitive de l’immortalité de l’âme se soit conservée chez quelques autres peuples de l’antiquité, excepté chez les Juifs[1], à qui les prêtres de l’Égypte et les sages de la Grèce me paraissent l’avoir empruntée. Prenons les choses comme elles sont et ne faisons pas de systèmes Les systèmes, en fait d’histoire de l’esprit humain, me font l’effet des fourches caudines : on y fait défiler tout le genre humain comme il peut et comme il ne peut pas. Qu’il s’arrange, ça ne me regarde pas, j’ai ma théorie, ma théorie avant tout, vive ma théorie ! — Mais l’évidence, mais les monuments ? — L’évidence, les monuments y passeront aussi. Du reste, ma théorie c’est l’évidence, c’est l’exégèse infaillible de tous les monuments, j’en ai la conviction, j’ose l’affirmer, et vous, qui paraissez avoir envie de le nier, vous n’avez qu’à bien vous tenir : Quos ego…[2].
Comment pouvaient-ils croire qu’ils eussent en eux un principe immortel, ceux qui disaient des êtres suprêmes, des êtres qu’ils ado-
- ↑ Dieu, disaient-ils, prit Énoch avec lui (Gen., v, 24). Élie monta ou fut ravi dans le Ciel (ii Rois, ii, 11 ; i Mach., ii, 58). Dieu, dit David, recevra mon âme dans sa demeure (Ps. xlix, 16). Moi, le Seigneur, je la sauverai de la mort (Os., xiii, 14). Ils connaissaient le pays des vivants (Ps. xxvii, 13 ; Is., xxxviii, 11). Dieu, disaient-ils, leur avait préparé une cité, et ils confessaient qu’ils n’étaient sur cette terre que comme des hôtes, des étrangers ou des voyageurs (i Chron., xxx, 15 ; Ps. xxxix, 13 ; ib., cxix, 19 et alibi). Malgré ces textes, on peut douter cependant que le peuple juif ait eu une idée bien nette de l’immortalité de l’âme. Elle était le partage de quelques voyants ; la masse était assujettie aux premières et plus grossières instructions, et Dieu, selon saint Paul (Ep. ad Gal., IV, 3, Ep. ad Coloss. II, 22), paraît n’avoir donné d’abord au monde que celles-là.
- ↑ Voilà les allures de l’esprit de système dans une science qui après tout est purement humaine en ce que le sort de la vérité n’en dépend point. Mais les intentions des hommes qui se vouent à cette science sont dignes de respect, car elles tendent vers un but qui est d’un Intérêt vraiment philosophique, et par conséquent supérieur à celui des sciences pratiques.