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Page:Schoebel - Le Naturalisme du Rig-Veda et son influence sur la sur la société indienne.djvu/25

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les brahmanes, puissamment aidés en cela par les exigences sans cesse renaissantes du climat et la division des castes, l’ont prise ensuite pour sujet d’un code très-compliqué et tellement détaillé que la législation de Moïse, quelque minutieuse qu’elle soit sur ce point, n’offre qu’un parallèle fort imparfait. Ainsi les Nombres[1] marquent la souillure dont sont frappés et la maison où quelqu’un est mort et ceux qui y entrent ainsi que tout ce qu’elle contient, ensuite la manière de purifier les hommes et les choses ; jusque là ils peuvent soutenir le parallèle avec les lois hindoues qui régissent cette matière. Mais ces dernières n’en restent pas là ; elles ajoutent que celui qui apprend la nouvelle de la mort d’un de ses parents, ce parent fût-il mort à cent lieues de là, devient impur tout comme si le décès eût eu lieu dans sa propre maison et sous ses yeux[2]. Ensuite, pour ce qui regarde la nourriture, les prescriptions brahmaniques dépassent infiniment celles du Lévitique. Les Juifs pouvaient manger sans crainte de tous les végétaux ; il paraît même qu’ils faisaient leurs délices des oignons. Eh bien ! l’Hindou qui aurait le malheur d’en goûter seulement une seule fois serait expulsé de sa caste à l’instant même[3]. Le préjugé contre ces pauvres tubercules prit un tel empire sur l’esprit hindou que les bouddhistes mêmes ne purent s’en défaire. Il y a à ce sujet une légende dont voici le résumé. Açôka, roi bouddhiste, étant atteint d’une grave maladie, la reine lui dit : Seigneur, mange de l’oignon et tu seras rétabli. Reine, lui répondit le roi, je suis un kshatriya, comment pourrais-je manger de l’oignon ? Seigneur, reprit la reine, c’est comme médicament que tu dois prendre cette substance, afin de sauver ta vie. Alors le roi mangea de l’oignon et guérit[4]. — Horace, qui exhala contre l’ail les véhémentes imprécations de sa muse[5], eût été charmé d’apprendre que son opinion sur cette herbe « au suc de vipère » était partagée par un peuple entier. En effet, l’ail est en horreur aux Hindous, ainsi que les poireaux, les champignons et, en général, tous les végétaux qui poussent au milieu de matières impures. Et comme il peut arriver qu’on en mange, sans le

  1. Nomb., xix, 14, 15, 16, 17, 18, 19.
  2. Dubois, ouvr. cit., i, 244.
  3. Manou, v, 19.
  4. Voy. Burnouf, Intr. à l’hist. du Boudd., i, 150.
  5. Hor., Épodes, iii.