Aller au contenu

Page:Schoebel - Le Naturalisme du Rig-Veda et son influence sur la sur la société indienne.djvu/26

La bibliothèque libre.
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 20 —

savoir, la loi dit que, pour effacer cette souillure, on doit se soumettre, chaque année, à une purification spéciale[1].

On sait quelle est l’extrême sévérité des Hindous pour la nourriture animale. Ici, on peut fort bien comprendre le sentiment qui les a guidés, car pour l’expliquer on a, d’une part, la tradition antédiluvienne, de l’autre, la violence du climat. La permission que Dieu donna à Noé et à ses fils de manger de tout ce qui a vie et mouvement[2], ne fit pas oublier si tôt, j’imagine, la loi première qui ne permettait que la nourriture végétale[3]. Les fils de Japhet, en s’en allant vers l’Est, pouvaient donc emporter avec eux la tradition du commandement primitif, et comme il est constant que les peuples, ainsi que les individus, sont plus tenaces à se défaire de leurs habitudes extérieures, de leurs usages et coutumes, que des choses purement spirituelles, que du reste l’ardeur implacable du soleil dans leur nouvelle patrie convenait au maintien de la tradition, ils durent s’y attacher avec persistance. Les énergiques paroles de Bossuet, que tous les raffinements dont nous nous servons pour couvrir nos tables, suffisent à peine à nous déguiser les cadavres qu’il nous faut manger pour nous assouvir[4] ; ces paroles, dis-je, sont justes surtout pour les climats des tropiques. La décomposition dans l’Inde suit promptement la mort, et à peine la victime est-elle à terre qu’il faut la disputer à la plus hideuse vermine. Quoi d’étonnant alors que l’idée d’impureté se soit si fortement attachée à la nourriture animale, et que la défense de chasser compte dès les temps védiques parmi les sept commandements[5] ? Plus tard la superstition est venue compliquer de ses absurdités, ce qui au fond n’était peut-être qu’une règle d’hygiène fort rationnelle[6]. Tuer une vache, n’était point un crime aux temps védiques, on en immolait pour les sacrifices[7], et il est plus que probable qu’en ces jours on en mangeait la chair ;

  1. Man., v, 21.
  2. Gen., ix, 3.
  3. Gen., i, 29.
  4. Bossuet, Disc. sur l’hist. univ., ii, ch. i.
  5. Voy. Langlois, iv, 231.
  6. Si le Bouddhisme ordonne de ne tuer rien de ce qui vit (Burnouf, Intr. à l’hist. du Boudd., 339), c’est à cause de la bienveillance dont le disciple de Çakya doit être animé envers tous les êtres ; c’est par conséquent un commandement basé sur la morale.
  7. Rig-Véda, viii, iv, iv, 14.