ceux qui expriment de l’étonnement au sujet de ce dévergondage : « Il faut que chacun en ait à son goût. »
Est-ce par suite de ce goût qu’ils regardent d’un œil indifférent la pratique d’une prostitution bien autrement coupable que celle des filles, et que nous ne voulons pas nommer ? Anquetil lui-même, tout Français qu’il était, c’est-à dire protégé par le nom redouté de M. de Bussy, n’échappa à cette abomination qu’au péril de sa vie[1].
Mais c’est assez que d’indiquer ces infamies et d’autres plus exécrables encore. Disons, pour être juste, que ces crimes, par là même qu’ils sont hors de la nature, ne sont pas d’invention indienne ; ce sont les musulmans qui en ont infecté le pays, et les sectateurs de Mahomet en ont hérité des adorateurs de Moloch et d’Astarté. Chacun sait que la race chamite y montra de tout temps une disposition vraiment étrange, et que, pour en préserver les Israélites qui allaient demeurer au milieu de cette race, Moïse dut dicter les lois les plus terribles[2].
Si maintenant, et à cause de toutes ces immoralités, on voulait conclure qu’il ne doit pas y avoir de pays au monde où la décence extérieure soit moins observée que dans l’Inde, on se tromperait. Le maintien, les allures de l’Hindou sont simples, graves et modestes, et ne trahissent en aucune manière des mœurs faciles ou corrompues. Les prostituées mêmes n’affichent aucune effronterie ; au contraire, elles se montrent si convenables, si décentes, que le voyageur, peu au fait des mœurs de ce pays, les prendrait pour les femmes de la meilleure société. Ce n’est que dans l’intérieur des maisons et en public, les jours de fête, qu’on peut voir le véritable état des choses. Alors, s’il faut en croire ceux qui l’ont vu, la fureur de leur licence, la brutalité de leurs turpitudes sont telles qu’on les voit descendre jusqu’à des profondeurs d’ignominie incompréhensibles[3]. Et sans l’avoir vu,
- ↑ Anq. Dup., ouvr. cit., i, i, lvi, ccxxx sqq. ; voy. aussi Dubois, loc. cit.
- ↑ Exod., xxii, 19 ; Levit., xviii, 22, 23 ; ib., xx, 13, 16, 16 ; Deut., xxvii, 21.
- ↑ Il paraît que ces orgies remontent bien haut, si ce qu’en disent Hérodote et Ctésias est vrai : Indi feminis miscentur palam, veluti pecudes (Her., iii, 101), coeunt cum feminis quadrupedes, etc. (Ctesias, fragm. de reb. ind. xxiii). Mais il est à croire que ces deux auteurs étaient mal renseignés sur les Hindous, et qu’ils prenaient des singes pour des hommes : caudam habent omnes viri et mulieres, supra nates, canum more, dit Ctésias, et cela, je crois, est suffisant pour mettre en doute la véracité de ses autres récits.