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Page:Schoebel - Le Naturalisme du Rig-Veda et son influence sur la sur la société indienne.djvu/38

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de son épouse entachée d’impureté, et, étant allé dans un lieu pur, sur le sommet de l’Himavat, il pratiqua, visité par les Siddhas, les austérités les plus rudes.

Cependant l’impuissant Indra ayant l’esprit tout troublé, revint vers les dieux qui étaient précédés d’Agni, et avec lesquels se trouvaient les Siddhas, les Rishis et les Tchâranas[1], et leur dit : « La difformité que vous me voyez est l’œuvre de Gaûtama. J’ai excité sa colère par le désir de faire le bien des Souras. Il m’a rendu impuissant ; pour sa femme, il l’a défigurée. Mais, par cette malédiction, il a mis un obstacle à ses mortifications ; c’est ce que je voulais. Puisque donc j’ai été mutilé par suite de l’intérêt que je vous porte, vous devez faire en sorte de me rendre ma virilité. »

Les dieux précédés d’Agni, ayant entendu la parole de Sakra, dirent aux Pitris[2] qui venaient d’accourir : Le grand Indra a été rendu impuissant : prenez donc sa virilité à un bélier[3] et donnez-la lui. Quant au bouc, il profitera de son service et vous aussi[4], car il deviendra très-gras. C’est d’ailleurs une occasion pour vous d’être agréable aux Souras.

Les Pitris firent ce que les dieux leur demandaient, et ôtant sa virilité à un bélier, ils la présentèrent à Indra[5]. C’est à partir de ce moment que les mânes mangent en offrande le bélier privé de testicules.

Cependant un nombre d’années incalculable s’étant écoulé, il arriva que Râma vint à passer par la forêt où Ahalyâ demeurait sous le coup de la malédiction de l’ascète. Il entra dans l’ermitage et vit cette femme grandement fortunée comme enflammée de splendeur. Les dieux mêmes, avec Indra à leur tête, n’auraient pu la distinguer face à face, car elle était en quelque sorte faite de magie divine,

  1. Les Siddhas, esprits parfaits, sont devenus ensuite une espèce d’alchimistes ou de sorciers, commandant à la nature. Les Rishis sont les Voyants, les Prophètes d’autres peuples. Les Tchâranas sont les panégyristes des dieux.
  2. Les Pitris sont les ancêtres, les mânes ; on les appelle aussi les Grand-pères.
  3. Les expressions du texte sont plus crues.
  4. Le sacrifice pour les Pitris se fait avec un bouc coupé.
  5. La tradition qui donne à Indra la forme du bélier est fort ancienne, et se trouve déjà dans les hymnes du Rig-Véda parce qu’il est censé conduire les nuages qui ressemblent quelquefois à un troupeau. Voy. Rig-Véda, i, iv, v, 1 ; v, vii, vi, 40 ; vi, vi, xvi, 12 ; vii, vii, ix, 17.