Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/180

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Même en aptitude au dressage, l’homme dépasse tous les animaux. Les musulmans sont dressés à prier cinq fois par jour, le visage tourné vers La Mecque ; ils le font invariablement. Les chrétiens sont dressés à faire en certaines occasions le signe de la croix, à s’incliner, etc. La religion, en somme, est le chef-d’œuvre par excellence du dressage, le dressage de la pensée ; or, on sait que, dans cette voie, on ne peut jamais commencer trop tôt. Il n’est pas d’absurdité si évidente qu’on ne pourrait faire entrer dans la tête de tous les hommes, si l’on commençait à la leur inculquer avant leur sixième année, en la leur répétant constamment et sur un ton convaincu. Le dressage de l’homme, comme celui des animaux, ne réussit parfaitement que dans la première jeunesse.

Les nobles sont dressés à ne tenir pour sacrée que leur parole d’honneur, à croire en tout sérieux et en toute rigueur au code grotesque de l’honneur chevaleresque, à le sceller, le cas échéant, par leur mort, et à considérer le roi comme véritablement un être d’espèce supérieure. Nos témoignages de politesse et nos compliments, particulièrement nos attentions respectueuses envers les dames, reposent sur le dressage ; de même, notre estime pour la naissance, la situation, les titres ; de même aussi le déplaisir que nous font éprouver, suivant leur nature, certaines assertions dirigées contre nous. Les Anglais sont dressés à considérer comme un crime digne de mort l’imputation de manque de gentilhommerie et plus encore celle de mensonge ; les Français, celle de lâcheté ; les Allemands, celle de sottise ; et ainsi de suite. Beaucoup de gens sont dressés à une honnêteté invariable en une