Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/36

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La disputatio in utramque partem à laquelle on vient d’assister nous amène très naturellement à la morale du « juste milieu » d’Aristote. La considération suivante lui est encore favorable.

Toute perfection humaine est apparentée à un défaut dans lequel elle menace de tomber ; et, à l’inverse, chaque défaut est apparenté à une perfection. De là résulte souvent l’erreur que nous commettons au sujet d’un homme : au début de la connaissance que nous lions avec lui, nous confondons ses défauts avec les perfections qui y sont apparentées, ou au rebours. Alors le prudent nous semble lâche, l’économe avare ; ou bien le prodigue, libéral ; le butor, loyal et sincère ; l’impertinent, doué d’une noble confiance en lui-même, etc.

Celui qui vit parmi les hommes se sent toujours tenté d’admettre que la méchanceté morale et l’incapacité intellectuelle sont étroitement unies, puisqu’elles ont une seule et même racine. Mais cependant il n’en est pas ainsi, et je l’ai démontré longuement dans les Supplé-ments au Monde comme volonté et comme représentation. Cette illusion, qui naît simplement de ce qu’on les trouve souvent ensemble, s’explique par le fait qu’elles apparaissent très fréquemment toutes deux ; en conséquence, il leur arrive aisément d’habiter soue le même toit. On ne peut nier, cependant, qu’elles ne jouent à cache-cache l’une avec l’autre à leur commun avantage ; de là résulte l’aspect si peu satisfaisant qu’offrent un trop grand nombre d’hommes, et le monde va comme il va. La stupidité est spécialement favorable à la claire manifestation de