Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/71

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s exigées par le moment. Quand il est trop tard, il reconnaît et regrette sincèrement son acte incorrect, et se dit peut-être : « Oui, si cela se reproduisait, j’agirais autrement ! » Cela se reproduit, le même cas se présente : — et il agit comme la première fois, à son grand étonnement.

Ce sont les drames de Shakespeare qui nous donnent de beaucoup la meilleure explication de la vérité exposée ici. Il en était pénétré, et sa sagesse intuitive s’exprime concrètement à chaque page. Je veux cependant montrer un cas où il met la chose en relief avec une clarté toute spéciale, quoique sans intention ni affectation. En véritable artiste, en effet, il ne part jamais d’une idée ; il a simplement l’air de le faire pour donner satisfaction à la vérité psychologique telle qu’il la saisit nettement et directement, sans se préoccuper si ce mérite ne devait être remarqué et apprécié que par le petit nombre, et sans prévoir qu’un jour, en Allemagne, de plats et sots gaillards expliqueraient longuement qu’il a écrit ses pièces pour illustrer des lieux communs de morale.

Ce que j’ai maintenant en vue ici, c’est le caractère du comte de Northumberland, que nous retrouvons dans trois tragédies, sans qu’il y apparaisse en réalité comme personnage principal ; il n’intervient que dans quelques scènes réparties en quinze actes. Aussi ceux qui ne suivent pas avec toute leur attention le caractère représenté entre de si larges intervalles, peu-vent-ils perdre aisément de vue son identité morale, nonobstant la fermeté avec laquelle le poète a maintenu ce caractère devant ses yeux. Il fait apparaître partout ce comte avec un maintien noble et chevaleresque,