Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/96

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si difficiles, est cependant de soumettre la force physique à l’intelligence, à la supériorité intellectuelle, et de la rendre utile. Mais si cette dernière n’est pas associée à la justice et à de bonnes intentions, le résultat est que l’État ainsi organisé se compose de dupeurs et de dupes. Ceci devient peu à peu évident par les progrès de l’intelligence de la masse, si fortement qu’on cherche à les entraver, et conduit à la révolution. Mais si, au contraire, l’intelligence est associée à la justice et aux bonnes intentions, on arrive à un État parfait, autant que peuvent être parfaites les choses humaines. Il est très utile à ce point de vue que la justice et les bonnes intentions non seulement existent, mais qu’elles soient démontrables et publiquement exposées, de manière à être soumises au jugement et au contrôle publics. Il faut toutefois empêcher que cette participation de plusieurs personnes à l’œuvre gouvernementale n’affecte, à l’intérieur comme à l’extérieur, l’unité de l’État, et ne fasse perdre à celui-ci en concentration et en force. C’est presque toujours le cas dans les républiques. Produire une constitution qui satisferait a toutes ces exigences, serait en conséquence la tâche la plus haute de l’art politique. Mais, en réalité, celui-ci doit compter aussi avec le peuple et avec ses particularités nationales. C’est la matière première dont les éléments exerceront toujours une forte influence sur la perfection de l’œuvre.

Ce sera déjà beaucoup, si l’art politique pousse si loin sa tâche, qu’il supprime la plus grande somme d’injustice dans la communauté. L’extirper totalement, c’est là le but idéal qui ne peut être qu’approximativement atteint. Si l’on extirpe l’injustice d’un côté, elle se faufile