Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/100

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officier, a entendu ces reproches intérieurs, pour avoir en quelque occasion, manqué de suivre à la lettre les lois de ce Code des Fous, qu’on nomme Code de l’Honneur : c’est à ce point, que bien souvent un homme de cette condition, se voyant dans l’impossibilité de tenir la parole d’honneur qu’il avait donnée, encore de satisfaire à ce que le Code en question prescrit pour les querelles, s’est brûlé la cervelle. (J’ai vu des exemples de l’un et de l’autre cas.) Le même homme, toutefois, chaque jour, d’un cœur léger, manquera à sa parole : il suffit que le Schiboleth : parole « d’honneur », n’ait pas été prononcé en cette occasion. — D’une façon générale, une inconséquence, une imprudence quelconque, une action contraire à nos desseins, à nos principes, à nos convictions de toute espèce, une indiscrétion, une maladresse, une balourdise, nous laisse après elle un souvenir rongeur : c’est un aiguillon dans notre cœur. Bien des gens s’étonneraient, s’ils pouvaient voir de quels éléments cette conscience, dont ils se font une si pompeuse idée, se compose exactement : environ 1/5 de crainte des hommes, 1/5 de craintes religieuses, 1/5 de préjugés, 1/5 de vanité, et 1/5 d’habitude : en somme, elle ne vaut pas mieux que l’Anglais dont on cite ce mot : « I cannot afford to keep a conscience. » (« Entretenir une conscience, c’est trop cher pour moi. ») — Les personnes religieuses, quelle que soit leur confession, n’entendent fort souvent par ce mot de conscience, rien autre que les dogmes et les préceptes de leur religion, et le jugement qu’on porte sur soi-même en leur nom : c’est en ce sens qu’il faut entendre les mots intolérance ou conscience imposée, et liberté de conscience. C’est ainsi que le pensaient les théologiens, les scolastiques et les casuistes du moyen âge et des temps modernes : la conscience d’un homme, c’était ce qu’il connaissait de dogmes et de préceptes de l’Église, en y joignant ce principe, qu’il fallait croire aux uns et observer les autres. En conséquence, il y avait pour la conscience divers états : doute, opinion, erreur, etc., à quoi on remédiait en s’aidant d’un directeur de conscience. Veut-on savoir combien la notion de conscience, semblable en