Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/115

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long enchaînement de raisons : je pose donc ici par avance quelques prémisses qui serviront de point de départ à toute l’argumentation ; on peut les prendre comme des axiomes, hormis les deux dernières, qui se fondent sur les analyses précédentes.

1. — Nulle action ne peut se produire sans un motif suffisant, non plus qu’une pierre ne peut se mouvoir, sans un choc ou une attraction suffisante.

2. — De même, une action, dès qu’il existe un motif suffisant, eu égard au caractère de l’agent, pour la provoquer, ne peut manquer de se produire, à moins qu’un motif contraire et plus fort n’en rende l’omission nécessaire.

3. — Ce qui met la volonté en mouvement, ne peut être que le bien ou le mal en général, le bien ou le mal pris au sens le plus large de ces mots, comme aussi déterminé « par rapport à une volonté, à laquelle l’un est conforme, l’autre contraire. » Donc tout motif doit avoir quelque rapport au bien et au mal.

4. — En conséquence, toute action se rapporte, comme à sa fin dernière, à quelque être susceptible d’éprouver le bien ou le mal.

5. — Cet être est ou bien l’agent lui-même, ou bien un autre ; dans ce dernier cas, cet autre est soumis à l’action, en qualité de patient, et en ce que l’action tourne à son détriment, ou à son profit et avantage.

6. — Toute action, dont la fin dernière est le bien et le mal de l’agent, s’appelle égoïste.

7. — Tout ce qui est dit ici des actions, s’applique également aux omissions, dans les cas où viennent s’offrir des motifs pour et contre.

8. — En conséquence de l’analyse exposée dans les paragraphes précédents, l’égoïsme et valeur morale, en fait d’actions, sont termes qui s’excluent. Un acte a-t-il pour motif un but égoïste ? Il ne peut avoir aucune valeur morale. Veut-on qu’un acte ait une valeur morale ? qu’il n’ait pour motif, direct ou indirect, prochain ou éloigné, aucune fin égoïste.

9. — En conséquence du § 5, où sont éliminés les prétendus