Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/2

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positive, de toute hypothèse gratuite, et par conséquent de toute hypostase métaphysique ou mythologique, un exposé impartial, sans faux ornement, et comme nu, du principe dernier de la droite manière de vivre. — Or un seul fait suffira pour montrer dans toute son étendue la difficulté d’un tel problème : c’est que non seulement les philosophes de tous les temps et de tous les pays ont usé leurs dents à vouloir l’entamer, mais tous les dieux, de l’Orient et de l’Occident, lui doivent l’existence. Si donc cette fois on en vient à bout, certes la Société Royale n’aura pas à regretter son argent.

2. Voici un autre embarras auquel est exposé celui qui cherche le fondement de la morale : il risque de paraître bouleverser une partie de l’édifice, qui ruinée entraînerait à sa suite le tout. La question pratique ici tient de si près à la question théorique, qu’avec les intentions les plus pures il aura du mal à ne pas se laisser emporter par son zèle dans un domaine étranger. Ce n’est pas le premier venu qui saura distinguer clairement entre la recherche purement théorique, libre de tous intérêts, même de ceux de la morale pratique, et dont l’unique objet est la vérité en soi, et les entreprises d’un esprit frivole contre les convictions les plus saintes de l’âme. Si donc il est une chose que l’on doive avoir sans cesse devant les yeux, pour mettre la main à une telle œuvre, c’est que nous sommes ici dans le lieu le plus éloigné possible de la place publique où les hommes, dans la poussière, dans le tumulte, travaillent, s’agitent ; dans cette retraite profondément silencieuse, le sanctuaire de l’Académie, où ne saurait pénétrer aucun bruit du dehors, où nulle autre divinité n’a de statue, que la seule Vérité, majestueuse, toute nue.

De ces deux prémisses je conclus, d’abord qu’il faut me permettre une entière franchise, sans parler de mon droit de tout mettre en question ; ensuite que si, même dans ces conditions, je réussis à faire un peu de bonne besogne, ce sera déjà bien travaillé.

Mais je n’en ai pas fini avec les difficultés qui se dressent devant moi. En voici une nouvelle : ce que la Société Royale demande,