Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/62

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nature. Car c’est bien certainement là une loi générale : l’homme, en fait, recourt au suicide, dès que chez lui l’instinct inné, et si merveilleusement fort, de la conservation, est décidément vaincu par la grandeur des maux : c’est là ce qu’on observe tous les jours. Mais y a-t-il une seule pensée capable de le retenir, de faire ce que cette peur de la mort, si naturelle, si puissante chez tout être vivant, n’a pu faire ? une pensée plus forte que cette peur ce serait se hasarder beaucoup que de le supposer : d’autant qu’on le voit assez, les moralistes ne savent encore pas nous la faire connaître nettement. En tout cas, les arguments de l’espèce de ceux qu’à cette occasion Kant propose contre le suicide, p. 53, R. 48, et aussi p. 67, R. 57, n’ont pas délivré, fût-ce un instant, un seul de ceux que la mort tente, du dégoût de la vie. C’est ainsi qu’en l’honneur de la division des devoirs telle qu’elle se déduit du principe de la morale selon Kant, une loi indiscutable, réelle, et dont les manifestations sont journalières, se trouve transformée en une chose qu’on ne saurait même concevoir sans contradiction ! — Je l’avoue, ce n’est pas sans satisfaction qu’ici je jette en avant un regard vers la partie suivante de mon écrit, où j’exposerai comment je fonde la morale, comment de là, sans aucune difficulté, je tire la division des devoirs en devoirs de respect et devoirs d’affection (ou mieux, de justice et d’humanité), grâce à un principe de classification puisé dans la nature des choses, et qui nous fournit une ligne de séparation toute tracée. En somme, c’est ma façon d’établir la morale qui se trouve justifiée par les raisons mêmes auxquelles Kant s’adresse, avec des prétentions mal fondées, pour justifier la sienne.


§ 8. — Les formes dérivées du principe premier de la morale selon Kant.


Kant a, comme on sait, donné une seconde formule du principe premier de sa morale : cette fois, ce n’est plus, comme tout à