Page:Schopenhauer - Le Fondement de la morale, trad. Burdeau, 1879.djvu/73

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§ IX. — La théorie de la conscience dans Kant.

La prétendue Raison pratique, avec son impératif catégorique, est évidemment une très-proche parente de la conscience, en dépit de cette première et essentielle différence qui est entre elles, que l’impératif catégorique, étant un commandement, se prononce nécessairement avant l’acte, et la conscience, dans la rigueur, prononce seulement après. Si elle peut parler avant, c’est tout au plus d’une façon indirecte : cela grâce à la réflexion qui lui présente le souvenir de cas antérieurs, où des actes semblables à celui dont il s’agit ont excité la désapprobation de la conscience. Ainsi s’explique, à mon sens, l’étymologie du mot conscience : il n’y a de conscient que le fait authentique[1]. Ainsi, chez tout homme, même le meilleur, s’élèvent des sentiments, qu’excitent des causes extérieures, ou bien, à l’occasion d’un trouble intérieur, des pensées et des désirs impurs, bas, mauvais : mais en bonne morale, il n’en est pas responsable, et sa conscience n’en est pas chargée. Tout cela montre de quoi est capable l’homme en général, mais non pas lui. Chez lui, il y a des motifs différents qui s’opposent à ceux-là ; sans doute ils ne se sont pas présentés en ce même instant ; mais les autres n’en sont pas moins incapables de se manifester par des actes : ils sont comme une minorité impuissante dans une assemblée délibérante. C’est par nos actes seulement et par expérience que nous apprenons à nous connaître, nous et les autres ; et les actes seuls pèsent sur notre conscience. Seuls ils ne sont pas problématiques, comme les pensées, mais au contraire certains (gewiss), ils sont là, désormais impossibles à changer, ils ne sont pas simplement objets de pensée, mais bien de conscience (Gewissen). De même en latin, le mot conscientia : c’est le « conscire sibi, pallescere culpa[2] » dont parle Horace. Telle encore la

  1. En allemand, Gewissen (conscience), et gewiss (certain). (TR.)
  2. « Être en face de sa conscience, pâlir devant son crime. » (TR.)