Page:Schopenhauer - Le Monde comme volonté et comme représentation, Burdeau, tome 1, 1912.djvu/232

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selon que cette condition adjointe sera forte, distincte, pressante, prochaine ou, au contraire, faible, lointaine, à peine indiquée. Je crois qu’il vaut mieux, pour mon exposé, mettre en tête de ma série d’exemples les simples transitions, et en général les degrés les plus faibles de l’impression du sublime ; cependant ceux qui n’ont ni une sensibilité esthétique bien développée, ni une imagination bien vive, ne comprendront que les exemples suivants où je fais voir des degrés plus élevés et plus caractéristiques de cette impression ; ils feront bien de se borner à ces derniers exemples ; quant à ceux qui ouvrent la série, je les engage à ne s’en point occuper.

L’homme est à la fois impulsion volontaire, obscure et violente, et sujet connaissant pur, doué d’éternité, de liberté et de sérénité ; il est, à ce double titre, caractérisé à la fois parle pôle des parties génitales considéré comme foyer, et par le pôle du front ; par un contraste analogue, le soleil est en même temps source de la lumière, laquelle est la condition de la connaissance la plus parfaite, de la chose la plus délectable qui existe, — et source de la chaleur, laquelle est la condition première de toute vie, c’est-à-dire de tout phénomène de la volonté considérée à ses degrés supérieurs. Ce que la chaleur est pour la volonté, la lumière l’est pour la connaissance. La lumière est par suite le plus beau diamant de la couronne de la beauté ; elle a sur la connaissance de toute belle chose l’influence la plus décisive : sa présence, telle quelle, est une condition qu’il n’est pas permis de négliger ; mais si elle est favorablement placée, elle rehausse encore la beauté des plus belles choses. C’est surtout en architecture qu’elle a la vertu de rehausser la beauté ; elle suffit même pour transfigurer l’objet le plus insignifiant. — Supposons que par un âpre frimas, lorsque toute la nature est engourdie et que le soleil ne monte pas très haut, nous apercevions les rayons du soleil réfléchis par des blocs de pierre ; ils éclairent, mais ne chauffent point, ils favorisent seulement la connaissance pure, non la volonté ; si nous considérons le bel effet de la lumière sur ces blocs, nous sommes transportés, comme on l’est d’ordinaire par la beauté, dans l’état de connaissance pure ; cependant, lorsque nous nous rappelons vaguement que ce sont ces mêmes rayons qui nous sèvrent de chaleur, c’est-à-dire qui nous privent du principe vital, nous avons réussi dans une certaine mesure à nous élever au-dessus des intérêts de la volonté ; un léger effort devient nécessaire pour persister dans l’état de connaissance pure, en faisant abstraction de toute volonté, et c’est précisément pour cette raison qu’il y a là passage du sentiment du beau à celui du sublime. C’est la plus faible nuance de sublime qui se puisse répandre sur le beau, lequel d’ailleurs ne se manifeste ici lui-même qu’à un degré inférieur. L’exemple suivant est presque aussi ténu à saisir.

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