Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/225

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chercher. Viens-t’en. » Ilsée se détournait, et l’autre Ilsée, mélancolique, s’enfuyait vers l’ombre lumineuse.

Ilsée lui montrait ses poupées et ses robes. « Joue avec moi. Habille-toi avec moi. » L’autre Ilsée, jalouse, élevait aussi vers Ilsée des poupées plus blanches et des robes décolorées. Elle ne parlait pas, et ne faisait que remuer les lèvres en même temps qu’Ilsée.

Quelquefois Ilsée s’irritait,comme une enfant, contre la dame muette, qui s’irritait à son tour. « Méchante, méchante Ilsée ! criait-elle. Veux-tu me répondre, veux-tu m’embrasser ! » Elle frappait le miroir de la main. Une étrange main, qui ne tenait à aucun corps, apparaissait devant la sienne. Jamais Ilsée ne put atteindre l’autre Ilsée.

Elle lui pardonnait durant la nuit ; et heureuse de la retrouver, elle sautait de son lit pour l’embrasser, en lui murmurant : « Bonjour, ma petite Ilsée. »

Quand Ilsée eut un vrai fiancé, elle le mena devant sa glace et dit à l’autre Ilsée : « Regarde mon amoureux, et ne le regarde pas trop. Il est