Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/267

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DE SA VIE

Je ne sais pas où Monelle me prit par la main. Mais je pense que ce fut dans une soirée d’automne, quand la pluie est déjà froide.

— Viens jouer avec nous, dit-elle.

Monelle portait dans son tablier des vieilles poupées et des volants dont les plumes étaient fripées et les galons ternis.

Sa figure était pâle et ses yeux riaient.

— Viens jouer, dit-elle. Nous ne travaillons plus, nous jouons.

Il y avait du vent et de la boue. Les pavés luisaient. Tout le long des auvents de boutique l’eau tombait, goutte à goutte. Des filles frissonnaient sur le seuil des épiceries. Les chandelles allumées semblaient rouges.