Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/90

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RÉCIT DU PAPE INNOCENT III

Loin de l’encens et des chasubles, je puis très facilement parler à Dieu dans cette chambre dédorée de mon palais. C’est ici que je viens penser à ma vieillesse, sans être soutenu sous les bras. Pendant la messe, mon cœur s’élève et mon corps se roidit ; le scintillement du vin sacré emplit mes yeux, et ma pensée est lubrifiée par les huiles précieuses ; mais en ce lieu solitaire de ma basilique, je peux me courber sous ma fatigue terrestre. Ecce homo ! Car le Seigneur ne doit point entendre vraiment la voix de ses prêtres à travers la pompe des mandements et des bulles ; et sans doute ni la pourpre, ni les joyaux, ni les peintures ne lui agréent ; mais dans cette petite cellule il a peut-être pitié