Page:Science et foi.djvu/11

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Elle a déjà tenté un grand coup : rajeunir les guenilles de la vieille métaphysique. Une définition de Dieu dans le goût moderne, une définition scientifique, quelle bonne aubaine pour cette infortunée Sorbonne qui, depuis si longtemps, a vidé son sac jusqu’à la dernière formule !

Naïf oratorien ! Après avoir usé ses foudres et ses poumons contre le matérialisme, il passe brusquement à l’ennemi et matérialise à son tour… Qui ? le croit-on… Dieu lui-même ! Ce n’est plus le pur esprit, l’être absolu, l’être des êtres, l’intelligence suprême… Du tout. C’est « la force infinie des forces finies, le moteur immobile du mouvement ! »

Ô grand saint Thomas d’Aquin et vous tous, pères des vieux conciles d’Asie, n’avez-vous pas voilé votre face sur les marches de l’Empire ? Dieu tombé en mécanique, devenu force et moteur ! Dieu affublé de l’uniforme de l’athéisme ! terrible signe des temps ! Le venin s’est infiltré au cœur même du tabernacle. Satan va s’asseoir sur l’autel.

Hé ! Je vous prie, mon révérend Père, qu’est-ce qu’une « force divine infinie et qu’un moteur immobile ? » En quoi ce logogriphe diffère-t-il de tous ses aînés ? Allons ! mascarade perdue ! Votre définition ira rejoindre au grenier le bric-à-brac de la Sorbonne.

Ce n’est là, au surplus, qu’une bien petite perte pour le Révérend et il peut faire sans regret ce léger sacrifice. Ne lui reste-t-il pas le plus beau diamant de sa couronne universelle, la gloire médicale ? Astronome, mathématicien, théo-géo-zoo-psychologue, il est encore, il est surtout le plus extraordinaire médecin de l’époque. Pas n’est besoin de dire qu’il n’appartient à aucune des vulgaires écoles de la Faculté. C’est un génie créateur. Le système qu’il a inauguré est comme le couronnement ou plutôt l’incarnation de son grand œuvre : l’identification de la foi et de la science.

Son début est terrassant : guérison instantanée, miracle authentique. Qui résisterait à de tels arguments ? Les foules vont accourir comme elles accouraient jadis autour du Nazaréen, et en effet, notre docteur s’écrie : « Cette médecine-là, c’est celle dont Jésus-Christ se servait pour guérir les malades et ressusciter les morts. Il me semble que jusqu’à présent le monde moderne n’a rien fait pour exploiter le christianisme. Les hommes n’y comprennent encore rien et n’en savent encore rien tirer ».

Que les hommes ne comprennent rien au christianisme,