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DIFFÉRENCIATION ET UNIFICATION

DANS LES LANGUES

On enseigne que le français et le bulgare, par exemple, sont des langues indo-européennes, le babylonien et l’arabe du Maroc des langues sémitiques, le souahéli et le douala des langues bantoues, le lapon et le magyar des langues finno-ougriennes, et ainsi de suite. On entend par là que, abstraction faite des différences que ces langues présentent maintenant entre elles, le français et le bulgare continuent une seule et même langue, dite langue indo-européenne ; et de même pour les autres cas. Cette formule a un sens précis si l’on considère les langues, abstraction faite des hommes qui les parlent et des lieux où on les parle. Entre le français moderne et l’indo-européen, il y a une tradition continue, et du moment le plus ancien au moment actuel, des groupes d’hommes se sont trouvés qui employaient, autant qu’il leur était possible, le même système phonique et le même système morphologique, la même prononciation et la même grammaire. Le point de vue auquel on se place pour faire une classification généalogique des langues est donc légitime, et l’on ne saurait contester la correction du procédé. Mais la transmission des systèmes considérés se fait de manières distinctes suivant les cas. Et, constamment, deux tendances antagonistes sont en jeu, l’une vers la différenciation, l’autre vers l’unification.

Par le fait qu’elle est employée, toute langue tend à se différencier de plusieurs manières.