Page:Scribe et Mélesville - La Chatte métamorphosée en femme, 1858.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



GUIDO, effrayé et voulant la suivre.
Ô ciel ! perdez-vous la raison !

MINETTE.
Je m’en vas ;
Si tu fais un seul pas,
Je sortirai…

GUIDO, suppliant,
Je sortirai… Non, non, non, non.
Vous resterez.

MINETTE.
Vous resterez. Non, non, non, non.

GUIDO.
Ah ! revenez.

MINETTE.
Ah ! revenez. Non, non, non, non.

GUIDO.
Ah ! revenez.

MINETTE.
Ah ! revenez. Non, non, non, non.
Ah !… le grand air m’enivre : Miaou !
Miaou ! miaou !
Entends ce chant hindou !
Miaou ! miaou !

GUIDO.
Encor son maudit chant hindou !

MINETTE.
Entends ce chant, bel Acajou !

MINETTE, disparaissant.
Miaou ! miaou !

GUIDO, la rappelant.
Minette ! Minette !

MINETTE, dans l’éloignement.
Minette ! Minette ! Miaou !

GUIDO, parlant.

Ah ! par la petite terrasse !… Voyons vite !

(Il sort par la porte de gauche.)


Scène IX.

MINETTE, passant au même instant sa tête par la fenêtre du fond et descendant sur le théâtre.


Oui, cours après moi, si tu peux !… pourvu qu’il ne se fasse pas de mal… Oh ! je suis sûre qu’il n’ira pas loin !… Ah ! mon Dieu !… c’est mon ennemie ; c’est la vieille gouvernante !…


Scène X.

MINETTE, MARIANNE, sortant de la chambre de droite.



MARIANNE, d’un air revêche.

Monsieur n’est pas ici ?


MINETTE, regardant le toit.

Non… il est allé prendre l’air.


MARIANNE, ôtant le couvert, à l’aide de son panier à provision.

J’en suis fâchée !… je venais lui demander mon compte ; parce qu’il faut qu’une de nous sorte d’ici.


MINETTE, froidement.

C’est déjà convenu. Je reste.


MARIANNE.

Est-il possible ?


MINETTE.

Et vous aussi, la vieille… j’y ai consenti.


MARIANNE, posant son panier à gauche.

La vieille !… la vieille !… m’entendre traiter ainsi !… Je vais chercher mes effets, et je ne resterai pas une seconde de plus dans cette maison, où je ne regretterai rien… car j’ai retrouvé ma pauvre Minette… ma seule consolation…


MINETTE, vivement.

Vous l’avez retrouvée !…


MARIANNE.

Oui, mademoiselle… là-haut dans une armoire, et je ne sais pas qui s’était permis de l’enfermer, d’attenter à sa liberté !…


MINETTE.

Il s’agit bien de cela… Où est-elle ?


MARIANNE, montrant la chambre à droite.

Elle est là, en sûreté.


MINETTE.

Je ne veux pas qu’elle paraisse.


MARIANNE.

Vous ne voulez pas !… Apprenez que je suis là pour la défendre.


MINETTE.

Du tout… pour m’obéir… et je n’ai qu’un mot à prononcer…


MARIANNE.

Moi… abandonner ma chère Minette… la laisser dans des mains… (Minette s’est approchée d’elle et lui a parlé bas.) Hein ? quoi ! Ciel ! il se pourrait !… (Avec respect.) Quoi ! c’est vous !… c’est vous !…


MINETTE, regardant toujours si Guido revient.

Silence donc !… (À mi-voix.) Eh ! oui, vraiment… la solitude, le chagrin, l’exaltation germanique ont tourné la tête à ce pauvre Guido. Il n’aime que sa chère Minette… Il fallait bien le corriger… et ce ne sera pas long, je l’espère… surtout si tu veux me seconder.


MARIANNE.

Si je le veux… Parlez, commandez… que faut-il faire ?


MINETTE.

Cacher bien vite Minette… la faire disparaître… car s’il la voyait, tout serait perdu. Nous serions deux !


MARIANNE, prête à sortir par la droite.

Je vais l’emporter de la maison…