Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/345

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


GREENE.

Je crois que nous n’en viendrons jamais à bout. Renonçons-y.


SHAKEBAG.

Non. Sangdieu ! nous le tuerons, dussions-nous être pendus à sa porte pour notre peine.


BLACKWILL.

Tu sais, Greene, que j’ai demeuré à Londres depuis douze années. Là, j’en ai fait marcher plus d’un sur une jambe de bois, rien que pour avoir pris sur moi le haut du pavé ; d’autres vont avec des nez d’argent pour avoir dit : Voilà Blackwill qui passe ! J’ai brisé autant de lames que tu as cassé de noix.


GREENE.

Ô monstrueux mensonge !


BLACKWILL.

Ma foi, je puis presque l’affirmer. Les mauvais lieux m’ont payé tribut. Là, pas une putain n’eût osé s’établir sans s’être d’abord arrangée avec moi pour ouvrir les fenêtres de sa boutique. Pour un mot de travers d’un sommelier, je lui ai percé tous ses barils, l’un après l’autre, avec ma dague, en le tenant par les oreilles jusqu’à ce que sa bière eût toute coulé dehors. Dans Thames Street la charrette d’un brasseur faillit me passer sur le corps ; je ne fis pas de façon, j’allai au commis et je lui brisai toutes ses tailles à coche en les lui jetant à la tête. Moi et ma compagnie, nous avons enlevé le constable de son poste, et nous l’avons transporté dans les champs au bout d’une perche. J’ai brisé la tête d’un sergent de justice avec sa propre masse, et j’ai cautionné qui j’ai voulu avec mon épée et mon bouclier. Tous les maîtres de cabarets à dix pences se tenaient chaque matin sur leur seuil avec une chopine de bière dans la main, en disant : « Plaît-il à votre révérence de boire ? » Celui qui ne l’avait pas fait était sûr, le soir