Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1867, tome 3.djvu/43

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à poignée d’or d’un des convives et de la cacher sous un banc ! Quand l’heure est venue de partir, le convive dépouillé cherche en vain sa splendide épée : qu’est-elle devenue ? Personne ne peut le dire. George, voyant l’anxiété générale, jure qu’il retrouvera la rapière, dût-il lui en coûter quarante shillings. Vite il sort, court au grand galop jusqu’à Oxford, et ramène un sien compère, fort habile devin, qui, après une opération magique, indique avec une facilité surprenante, le lieu où la rapière est cachée. Le convive qui avait ainsi recouvré sa bonne lame, grâce à l’intervention de George, fut trop heureux de faire les frais de ce beau miracle, et Peele, largement indemnisé, eut de quoi payer son écot.

Cette aventure plaisante, dont put être témoin le jeune Shakespeare, amusa longtemps l’Angleterre. Elle est relatée dans un curieux recueil, intitulé[1] les Joyeux tours de George Peele, qui fut imprimé successivement en 1607, en 1626, en 1627, en 1657 et en 1671. L’auteur de la Puritaine ne s’est pas contenté de transporter dans sa comédie l’anecdote dont George Peele est le héros ; il y a fait figurer le poëte lui-même sous le nom de George Pyeboard ; car le mot Pyeboard est en anglais le synonyme du mot Peele, lequel signifie une pelle à four. Cette synonymie, comprise de tous, ajoute un intérêt tout spécial à la comédie qui nous occupe. Dans ce George Pyeboard, homme de lettres famélique, qui vit d’expédients et de supercheries, qui s’introduit dans le sein des familles pour les exploiter et les mystifier, qui a pour amis et pour complices des bandits et des filous, dans ce maître ès-arts de l’Université d’oxford qui s’ingénie sans cesse à dépister la dette criarde et à mettre la police en défaut, dans ce rimeur déguenillé qui fraternise avec tous les truands, dans ce prétendu magicien échappé

  1. Voir, à l’Appendice, le récit extrait de cet amusant ouvrage.