Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/119

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Entrent Chiron et Démétrius.

DÉMÉTRIUS.

— Eh bien ! chère souveraine, notre gracieuse mère, — pourquoi votre altesse est-elle si pâle et si défaillante ?


TAMORA.

— Et ne croyez-vous pas que j’aie sujet d’être pâle ? — Ces deux êtres m’ont attirée ici, à cette place, — dans le vallon aride et désolé que vous voyez ; — les arbres, en dépit de l’été, y sont dénudés et rabougris, — surchargés de mousse et de gui délétère ; — ici jamais le soleil ne brille ; ici rien ne vit, — si ce n’est le hibou nocturne et le fatal corbeau. — Et, après m’avoir montré ce gouffre abhorré, — ils m’ont dit qu’ici, à l’heure la plus sépulcrale de la nuit, — mille démons, mille serpents sifflants, — dix mille crapauds tuméfiés et autant de hérissons — devaient jeter des cris confus si effrayants, — que tout être mortel qui les entendrait — deviendrait fou ou mourrait brusquement. — À peine avaient-ils achevé ce récit infernal, — qu’ils m’ont dit qu’ils allaient m’attacher ici — au tronc d’un if funeste, — et m’abandonner à cette misérable mort. — Et alors ils m’ont appelée infâme adultère, — Gothe lascive, enfin de tous les noms les plus insultants — que jamais oreille ait entendus dans ce genre. — Et, si vous n’étiez venus ici par un merveilleux hasard, — ils allaient exécuter sur moi cette vengeance. — Si vous tenez à la vie de votre mère, prenez votre revanche, — ou désormais ne vous appelez plus mes enfants.


DÉMÉTRIUS.

— Voici la preuve que je suis ton fils.

Il poignarde Bassianus.

CHIRON, le poignardant aussi.

— Et voici un coup bien asséné, pour montrer ma force.