Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/140

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gement pour lui, — que de l’eau glacée pour une couleuvre affamée.


TITUS.

— Quand cet effrayant sommeil finira-t-il ?


MARCUS.

— Maintenant adieu tout palliatif ! Meurs, Andronicus. — Tu ne sommeilles pas. Regarde ! Voici les têtes de tes deux fils, — voici ta main martiale coupée ; voici ta fille mutilée ; — voici ton autre fils banni que cet atroce spectacle — a fait blême et livide ; et me voici, moi, ton frère, — comme une statue de pierre, glacé et immobile. — Ah ! je ne veux plus maintenant modérer ta douleur, — arrache tes cheveux d’argent ; ronge ton autre main — avec tes dents, et que cet horrible spectacle — ferme à jamais nos yeux misérables ! — Voici le moment de te déchaîner ; pourquoi restes-tu calme ?


TITUS, riant.

— Ha ! ha ! ha !


MARCUS.

Pourquoi ris-tu ? Ce n’est pas le moment.


TITUS.

— C’est que je n’ai plus une seule larme à verser. — Et puis, ce désespoir est un ennemi — qui veut s’emparer de mes yeux humides — et les aveugler par un tribut de larmes. — Alors comment trouverais-je le chemin de l’antre de la vengeance ? — Car ces deux têtes semblent me parler — et me signifier que je ne serai pas admis à la félicité — tant que ces forfaits n’auront pas été rejetés — à la gorge de ceux qui les ont commis. — Allons, voyons quelle tâche j’ai à faire… — Vous, malheureux, faites cercle autour de moi, — que je puisse me tourner successivement vers chacun de vous — et jurer à mon âme de venger vos injures… — Le vœu est prononcé !… Allons, frère, prends une des têtes ; — et de cette main je porterai l’autre. — Lavinia, tu