Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/141

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vas avoir de l’emploi : — porte ma main, chère fille, entre tes dents. — Quant à toi, mon garçon, pars, retire-toi de ma vue ; — tu es exilé, et tu ne dois plus rester ici. — Cours chez les Goths et lève une armée parmi eux ; — et, si tu m’aimes, comme je le crois, — embrassons-nous, et séparons-nous, car nous avons beaucoup à faire.

Sortent Titus, Marcus et Lavinia.

LUCIUS, seul.

— Adieu, Andronicus, mon noble père, — l’homme le plus malheureux qui ait jamais vécu dans Rome ! — Adieu, superbe Rome, jusqu’à ce que Lucius soit de retour ! — il laisse ici des otages qui lui sont plus chers que la vie. — Adieu, Lavinia, ma noble sœur ! — Oh ! que n’es-tu encore telle que tu étais naguère ! — Mais maintenant Lucius et Lavinia ne vivent plus — que dans l’oubli et dans d’odieuses souffrances. — Si Lucius vit, il vengera vos injures, — et réduira le fier Saturninus et son impératrice — à demander grâce aux portes de Rome, comme Tarquin et sa reine. — Maintenant je vais chez les Goths, et j’y lèverai des forces — pour châtier Rome et Saturnin.

Il sort.

SCÈNE VI.

[Une salle à manger chez Titus. Un repas préparé.]


Entrent Titus, Marcus, Lavinia et le jeune Lucius, fils de Lucius (7).

TITUS.

— Bien, bien… Maintenant asseyons-nous, et veillons à ne manger — que juste ce qu’il nous faut pour conserver la force — de venger nos amères calamités. — Marcus, dénoue ce nœud formé par le désespoir ; — ta nièce et moi, pauvres créatures, nous n’avons plus nos mains, — et nous ne pouvons soulager notre décuple douleur — en croisant