Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/146

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MARCUS.

Je veux bien, Lucius.

Lavinia retourne successivement les livres que Lucius a laissés tomber.

TITUS.

— Eh bien, Lavinia ? Marcus, que veut dire ceci ? — Il y a quelque livre qu’elle désire voir… — Lequel de ces livres, ma fille ?… Ouvre-les, enfant… — Mais tu es plus lettrée, et plus instruite que cela ; — viens, et choisis dans toute ma bibliothèque, — et trompe ainsi ta souffrance, jusqu’à ce que les cieux — révèlent l’auteur maudit de ce forfait… — Quel livre ?… — Pourquoi lève-t-elle ainsi les bras l’un après l’autre ?


MARCUS.

— Elle veut dire, je pense, qu’il y a eu plus d’un — coupable dans le crime… Oui, qu’il y en avait plus d’un ; — ou peut-être lève-t-elle les bras vers le ciel pour implorer vengeance.


TITUS.

— Lucius, quel est le livre qu’elle remue ainsi ?


LE JEUNE LUCIUS.

— Grand-père, ce sont les Métamorphoses d’Ovide ; — ma mère me les a données.


MARCUS.

— Peut-être est-ce en souvenir de celle qui n’est plus, — qu’elle a choisi ce livre entre tous les autres.


TITUS.

— Doucement ! avec quelle rapidité elle tourne les feuillets ! — Aidons-la : que veut-elle trouver ? Lavinia, lirai-je ? — Ceci est la tragique histoire de Philomèle ; — il y est question de la trahison de Térée et de son viol ; — et le viol, j’en ai peur, est l’origine de son ennui.


MARCUS.

— Voyez, frère, voyez ! remarquez comme elle considère les pages !