Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/148

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mer clairement tes malheurs — et à nous faire connaître les traîtres et la vérité !

Lavinia prend le bâton entre ses dents et écrit en le guidant avec ses bras mutilés.

TITUS.

— Oh ! lisez-vous, monseigneur, ce qu’elle a écrit ? — « Stuprum, Chiron, Demetrius. »


MARCUS.

— Comment ! comment ! les fils lascifs de Tamora — auteurs de cet atroce et sanglant forfait !


TITUS.
Magni Dominator poli,
Tam lentus audis scelera ? tam lentus vides
 ?

MARCUS.

— Oh ! calme-toi, noble seigneur ! pourtant, je reconnais — que ce qui est écrit là à terre — suffirait à provoquer la révolte dans les esprits les plus doux — et à armer d’indignation le cœur d’un enfant… — Monseigneur, agenouillez-vous avec moi ; Lavinia, à genoux ; — à genoux, toi aussi, doux enfant, espoir de l’Hector romain ; — et faites tous avec moi le serment que jadis, après le viol de Lucrèce, — le seigneur Junius Brutus fit avec le malheureux époux — et le père de cette vertueuse femme déshonorée ; — jurez que nous poursuivrons délibérément — ces Goths perfides de notre mortelle vengeance, — et que nous verrons couler leur sang, ou que nous périrons sous cet outrage.


TITUS.

— Nous venger ! cela ne fait pas question ; reste à savoir comment. — Pour peu que vous blessiez les oursons, prenez garde ; — leur mère sera aux aguets ; et, si une fois elle vous flaire, — songez qu’elle est étroitement liguée avec le lion ; — elle le berce tout on se jouant sur le dos, — et, dès qu’il dort, elle peut faire ce qu’elle veut. — Vous êtes un chasseur novice, Marcus ; laissez-moi faire, — et venez,