Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/154

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couleur ?… — Cher joufflu, vous êtes un beau rejeton, assurément.


DÉMÉTRIUS.

— Malheureux ! qu’as-tu fait ?


AARON.

Ce que tu ne peux défaire.


CHIRON.

— Tu as perdu notre mère !


AARON.

Ta mère, malheureux, je l’ai gagnée !


DÉMÉTRIUS.

— Et c’est en cela, limier d’enfer, que tu l’as perdue. — Malheur à sa fortune, et damné soit son choix immonde ! — Maudit soit le produit d’un si noir démon !


CHIRON.

— Il ne vivra pas !


AARON.

Il ne mourra pas.


LA NOURRICE.

— Aaron, il le faut ; la mère le veut ainsi.


AARON.

— Ah ! il le faut, nourrice ? Eh bien, que nul autre que moi — ne se charge d’immoler ma chair et mon sang !


DÉMÉTRIUS.

— J’embrocherai le têtard à la pointe de ma rapière. — Nourrice, donne-le-moi ; mon épée l’aura vite expédié.


AARON, mettant l’épée à la main.

— Cette épée t’aura plus vite labouré les entrailles.

Il prend l’enfant des bras de la nourrice.

— Arrêtez, infâmes scélérats ! Voulez-vous tuer votre frère ? — Ah ! par les flambeaux brûlants du ciel — qui brillaient si splendidement quand cet enfant fut engendré, — il meurt de la pointe affilée de mon cimeterre, — celui qui touche à cet enfant, à mon premier-né, à mon héri-