Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/155

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tier ! — Je vous le déclare, freluquets, ni Encelade, — avec toute la formidable bande des enfants de Typhon, — ni le grand Alcide, ni le dieu de la guerre, — n’arracheraient cette proie des mains de son père. — Allons, allons, jeunes sanguins, cœurs vides, — murs crépis de blanc, enseignes peintes de cabaret, — le noir le plus foncé est supérieur à toute autre couleur — par cela même qu’il se refuse à prendre une autre couleur : — car toute l’eau de l’Océan — ne parvient pas à blanchir les pattes noires du cygne, — quoiqu’il les lave à toute heure dans les flots. — Dites de ma part à l’impératrice que je suis d’âge — à garder mon bien ; qu’elle excuse cela comme elle voudra.


DÉMÉTRIUS.

— Veux-tu donc trahir ainsi ta noble maîtresse ?


AARON.

— Ma maîtresse est ma maîtresse. Cet enfant, c’est moi-même ; — c’est la fougue et le portrait de ma jeunesse ; — cet enfant, je le préfère atout l’univers ; — cet enfant, je le sauverai, malgré tout l’univers, — ou quelques-uns de vous en pâtiront dans Rome.


DÉMÉTRIUS.

— Par cet enfant notre mère est à jamais déshonorée.


CHIRON.

— Rome la méprisera pour cette noire escapade.


LA NOURRICE.

— L’empereur, dans sa rage, la condamnera à mort.


CHIRON.

— Je rougis en pensant à cette ignominie.


AARON.

— Oui, voilà le privilège attaché à votre beauté. — Fi de cette couleur traîtresse qui trahit par une rougeur — les mouvements et les secrets les plus intimes du cœur ! — Voici un jeune gars fait d’une autre nuance : — voyez, comme le noir petit drôle sourit à son père, — d’un air