Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/162

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plaise que j’aie la témérité de me presser pour le ciel dans mes jeunes jours ! Morguienne, je vais avec mes pigeons au tribunal de la plèbe, pour arranger une matière de querelle entre mon oncle et un des gens de l’empereur.


MARCUS, à Titus.

Eh bien, seigneur, cela se trouve à merveille pour la transmission de votre requête. Qu’il offre les pigeons à l’empereur de votre part.


TITUS.

Dis-moi, saurais-tu transmettre une requête à l’empereur avec grâce ?


LE PAYSAN.

Nenni, vraiment, monsieur, je n’ai jamais pu dire les grâces de ma vie.


TITUS.

— Maraud, viens ici ; ne fais plus d’embarras ; — mais offre tes pigeons à l’empereur ; — par moi tu obtiendras de lui justice… — Arrête, arrête, en attendant, voici de l’argent pour ta commission… — Qu’on me donne une plume et de l’encre !… — Drôle, sauras-tu remettre avec grâce une supplique ? —


LE PAYSAN.

Oui, monsieur.


TITUS.

Eh bien, voilà une supplique pour vous. Et, dès que vous serez devant l’empereur, de prime-abord, il faudra vous agenouiller ; puis vous lui baiserez le pied ; puis vous lui remettrez vos pigeons, et alors vous attendrez votre récompense. Je serai près de vous, monsieur ; surtout faites la chose bravement.


LE PAYSAN.

Je vous le garantis, monsieur, laissez-moi faire.


TITUS.

— Maraud, as-tu un couteau ?… Viens, fais-le-moi