Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/181

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que pour vous couper la gorge, — tandis que Lavinia tiendra entre ses moignons — le bassin qui va recevoir votre sang criminel. — Vous savez que votre mère doit banqueter avec moi ; — elle prend le nom de la Vengeance, et me croit fou !… — Écoutez, scélérats, je vais broyer vos os, les pulvériser, — et, en les mélangeant avec votre sang, j’en ferai une pâte ; — et de cette pâte je ferai une tourte, — que je bourrerai de vos deux têtes infâmes ; — et je dirai à cette prostituée, à votre maudite mère, — de dévorer, comme la terre, son propre produit. — Voilà le festin auquel je l’ai conviée, — et voilà les mets dont elle sera gorgée ; — car vous avez traité ma fille plus cruellement que Philomèle ; — et, plus cruellement que Progné, je me venge. — Et maintenant, tendez la gorge… Lavinia, allons, — reçois le sang ; et, quand ils seront morts, — je broyerai leurs os en une poudre menue, — que j’arroserai de cette odieuse liqueur ; — et dans cette pâte je ferai cuire leurs ignobles têtes. — Allons, allons, que chacun aide — à préparer ce banquet, et puisse-t-il être — plus sinistre et plus sanglant que le festin des Centaures !

Il les égorge.

— Maintenant, amenez-les, car je veux être le cuisinier, — et faire en sorte qu’ils soient apprêtés quand leur mère viendra.

Ils sortent.

SCÈNE XIII

[Un pavillon devant la maison de Titus.]
Entrent Lucius, Marcus et les Goths, avec Aaron, prisonnier.

LUCIUS.

— Oncle Marcus, puisque c’est le désir de mon père — que je rentre à Rome, je suis content.