Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/197

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SCÈNE II.

[Un appartement.]
Entre la femme.

LA FEMME.

— Qu’allons-nous devenir ? Tout y passera. — Mon mari ne s’arrête pas dans ses dépenses ; — il épuise et son crédit et son patrimoine. — Et il est établi par le juste décret du ciel — que la misère est la fille fatale du désordre. — Sont-ce là les vertus que promettait sa jeunesse ? — Des parties de dés ! des réunions voluptueuses ! des orgies nocturnes ! — se coucher ivre ! quelle vie indigne — du vieil honneur de sa maison et de son nom ! — Et ce n’est pas tout. Ce qui m’accable le plus, — c’est que, quand il parle de ses pertes, de ses mauvaises chances, — de l’amoindrissement de sa fortune si délabrée déjà, — loin de montrer du repentir, il est comme à moitié fou — de ce que ses ressources ne peuvent suffire à ses dépenses ! — Il s’assied, et croise les bras d’un air sombre. — Oubliant le ciel, il baisse les yeux, ce qui le fait — paraître si effrayant qu’il épouvante mon cœur. — Il marche à pas pesants, comme si son âme était de terre. — Il ne se repent pas de ses vilenies passées, — mais se désole de n’être pas assez riche pour les faire durer. — Mélancolie horrible ! Douleur sacrilège ! — Oh ! le voilà qui vient. Maintenant, en dépit de tout, — je lui parlerai, et je le ferai parler. — Je vais faire mon possible pour lui arracher ce qu’il a sur le cœur.

Entre le mari.

LE MARI.

— Peste soit du dernier coup ! il a fait envoler de ma vue — cinq cents anges d’or. Je suis damné ! je suis damné !